Dialogues en humanités

Il faut saluer comme il convient l’initiative de la HEM Business School, une école de commerce, privée de surcroît, qui pose à ses étudiants depuis près de 15 ans, la question de l’engagement citoyen et la responsabilité des intellectuels à réveiller les consciences. Les treizièmes Dialogues en humanités proposaient des regards croisés d’individus venant d’horizons très variés : un ministre marocain du logement et de la gestion du territoire, un philosophe alter-mondialiste, un ultra-marathonien, conteur et tisseur de rêves, un globe-trotter autiste, et un égyptologue, qui s’occupe depuis peu de la gouvernance d’une université.

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Il faut saluer comme il convient l’initiative de la HEM Business School, une école de commerce, privée de surcroît, qui pose à ses étudiants depuis près de 15 ans, la question de l’engagement citoyen et la responsabilité des intellectuels à réveiller les consciences. Les treizièmes Dialogues en humanités proposaient des regards croisés d’individus venant d’horizons très variés : un ministre marocain du logement et de la gestion du territoire, un philosophe alter-mondialiste, un ultra-marathonien, conteur et tisseur de rêves, un globe-trotter autiste, et un égyptologue, qui s’occupe depuis peu de la gouvernance d’une université. Les débats entre personnalités invitées et avec la salle ont permis de mettre en évidence la nécessité d’une biodiversité culturelle au sens le plus large, dont ne peuvent que bénéficier l’enseignement et la recherche. A rebours, le débat a montré l’engagement ferme des participants à dénoncer toutes formes de pensée et de méthodes uniques en enseignement et en recherche. Je suis pour ma part revenu sur la question cruciale de l’identité de l’université : qu’a-t-elle de si particulier, de si irréductible aux autres formes d’enseignement et de recherche ? Cette université, j’aimerais la définir comme un lieu libre et humaniste de création et de transmission des savoirs au carrefour des cultures. De cette définition découlent des implications fortes sur ce qu’est un savoir (importance de la recherche fondamentale, libre dans le choix de ses objets et de ses méthodes), sur ce qu’est la transmission (enseignement constamment irrigué par la recherche), et sur la nécessaire ouverture de l’université aux cultures (ce qui implique, par exemple, une intégration des différentes formes de cultures dans nos formations, une attention soutenue pour le multilinguisme, etc.). Dans ce cadre général (un lieu libre et humaniste), il faut résolument promouvoir toutes formes d’action mettant en évidence les valeurs proprement universitaires que sont l’indépendance du jugement, la promotion de l’esprit critique, l’intelligence et la compréhension du monde complexe dans lequel nous vivons afin de pouvoir (re)créer du sens. En d’autres termes, l’université, au travers de ses programmes d’enseignement et de recherche, mais aussi par l’action individuelle de ses membres, doit prendre pleinement la mesure de cet enjeu démocratique. C’est cet esprit, un peu militant, et cette conviction, profonde, que j’entendais défendre dans un petit essai publié cette année à l’Académie royale, L’université à la croisée des chemins, et dont le forum marocain s’est largement fait l’écho.

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